Critique cinéma : "La stratégie Ender" de Gavin Hood

120x160-la-strategie-ender.jpgCette semaine, découvrez sur votre blog la critique cinéma du film « La stratégie Ender » de Gavin Hood.

 

Merci Geoffrey Claustriaux !

 

 

Synopsis

  

Dans un futur proche, une espèce extraterrestre hostile, les Doryphores, ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham, le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu. Depuis, le très respecté colonel Graff et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits pour former des officiers émérites et découvrir dans leurs rangs celui qui pourra contrer la prochaine attaque. Ender Wiggin, un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, est sélectionné pour rejoindre l’élite. A l’académie, Ender apprend rapidement à maîtriser des manoeuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille. Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité. Il ne lui manque plus qu’à être formé par Mazer Rackham lui-même, pour pouvoir commander la Flotte lors d’une bataille homérique qui décidera du sort de la Terre.

 

Adapté du formidable roman d'Orson Scott Card, la Stratégie Ender narre la trajectoire peu commune d'un apprenti soldat malmené par ses camarades : le jeune et surdoué Ender Wiggin, considéré comme une mauviette à cause de sa frêle constitution. Seulement, Ender est en réalité une sorte de psychopathe qui a du mal à refréner ses accès de violence.

On pouvait craindre qu'une telle histoire, passée à la moulinette bien-pensante d'Hollywood, soit quelque peu vidée de sa substance. Fort heureusement, il n’en est rien. Même si Gavin Hood a dû faire de nombreuses coupes pour que le premier tome tienne dans un format de deux heures, dans l'ensemble, le script a été rédigé avec respect vis-à-vis du matériau d'origine.

Cela étant, on ne pourra tout de même que regretter un certain manque de profondeur en ce qui concerne les personnages secondaires et l'influence qu'ils exercent sur Ender. Ses relations avec sa famille ont ainsi été réduites au strict minimum. Un choix compréhensible pour des raisons de durée, mais qui simplifie un récit dont la complexité psychologique était justement le point fort. De fait, on se retrouve au final avec un canevas classique (un marginal est propulsé sauveur du monde) dont l'originalité repose sur le fait que le héros est, pour une fois, censé mener une guerre "préventive", c'est-à-dire que l'humanité se retrouve dans la position de l'agresseur.

Mine de rien, ça change pas mal de choses.

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Publié en 1985, le premier tome du Cycle d'Ender (qui en compte quatre) possède de nombreux points communs avec Étoiles, garde-à-vous !, le roman de Robert A. Heinlein dont Paul Verhoeven s'est inspiré pour son excellent Starship Troopers.
Malheureusement, Gavin Hood n'a pas le talent du Hollandais violent. Du coup, sa Stratégie Ender ne soutient à aucun moment la comparaison avec Starship Troopers, que ce soit au niveau de l'intelligence du scénario ou de l'intensité visuelle.
Reste néanmoins un spectacle tout à fait appréciable, divertissant et farci de plusieurs séquences sacrément bien troussées.

Au rayon des points forts, on notera des effets spéciaux très réussis, un combat final prenant et de jeunes acteurs en pleine possession de leurs moyens.

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Du côté des défauts, outre les décors (j'y reviendrai), ce sont surtout les stratégies employées par Ender qui déçoivent. Personnellement, je n'ai pas eu l'impression qu’il faille disposer d’une intelligence supérieure à la moyenne pour les mettre en oeuvre. Ok, elles sont parfois bien pensées, mais il n’y a pas non plus de quoi hurler au génie.

Du coup, les adultes qui s'extasient devant l’intelligence « supérieure » d'Ender passent souvent pour des imbéciles. Déjà que les pauvres Harrison Ford et Ben Kingsley ne sont pas gâtés par des personnages indignes de leurs qualités d'acteurs...

Heureusement, le jeune casting s'en tire beaucoup mieux grâce à des rôles mieux écrits et infiniment plus intéressants. Asa Butterfield, que l'on avait déjà pu apprécier dans Hugo Cabret, livre une prestation très correcte. Son charisme magnétique joue clairement en sa faveur, mais il convient de noter que son interprétation d'Ender manque parfois un peu de nuances. Il réussit cependant l'exploit de porter le film sur ses épaules.
A ses côtés, Abigail Breslin fait le boulot, ainsi que l'excellent Moises Arias en antagoniste de choix. Je ne citerai pas l'ensemble du cast, mais sachez qu'aucun des jeunes acteurs ne dépareille dans le lot. Une authentique performance.

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Un autre défaut, surprenant celui-là, ce sont les décors intérieurs qui tranchent avec les superbes extérieurs et paraissent étrangement cheaps. Difficile de dire à qui revient la faute (Gavin Hood ? Le décorateur ? Le concepteur graphique ?), mais le résultat est là : on a parfois l'impression d'être devant une série du style Cosmos 1999 ou Star Trek. Certes, cela confère un certain charme rétro à l'ensemble, mais dans une production de cette importance, cela ne manque pas d'étonner surtout, je le répète, que les effets spéciaux sont impeccables.

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J'ai l'air de descendre le film, mais en réalité ses défauts sont grandement compensés par ses qualités. Il est juste regrettable qu'avec un tel matériau de base, La Stratégie Ender de Gavin Hood ne soit "que" un bon film. On rêve de ce qu'un cinéaste de la trempe de Verhoeven aurait pu en faire. Cela étant dit, vous pouvez l'ajouter sans problème à votre liste des films de Science-Fiction à voir dans un avenir proche.

 

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