Blancanieves de Pablo Berger - Film muet à voir de toute urgence !

Blancanieves-Pablo-Berger-Macarena-Garcia.jpgCette semaine, découvrez la critique cinéma du film "Blancanieves" de Pablo Berger ! Chaque 2ième et 4ième mercredi du mois, découvrez les films qui ont impressionnés, étonnés ou émus Julien Teirlynck. Merci à Illusion Asbl !

Synopsis :

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de "Blancanieves". C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable... 

 

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Critique :

Un film muet est toujours accueilli avec une grande déférence. Une œuvre insolite, toute en finesse et en poésie. Il est la preuve sur pellicule que les couleurs et les sons constituent rarement la pierre angulaire d'un film, contrairement au scénario et au montage. Il nous démontre à quel point la sélection des plans, et leur association est essentielle pour véhiculer l'imaginaire qu'exprime une œuvre cinématographique. Sans oublier la musique enfin, canal principal à travers lequel circule toutes les émotions de l'histoire. Blancanieves répond à toutes ces caractéristiques et vient ainsi souligner au trait monochrome que le cinéma muet a encore de longues années devant lui, tant qu'il existera des gens pour concevoir la beauté autrement qu'à travers un agglomérat d'effets spéciaux artificiels.

Bienvenue dans un conte disgracieux, qui malgré ses images léchées, nous offre une interprétation bien sombre de la célèbre histoire des frères Grimm. Une symbolique omniprésente, et une musique aérienne nous permettent de virevolter à travers ce chef d'oeuvre du septième art, à l'ambiance si poignante. Bien que les personnages ne disent mots qu'on puisse entendre, tout le film gravite autour d'une insatiable émotion, que chaque larme vient ponctuer.

On applaudira avant tout le scénario qui bien que très inspiré de Blanche Neige n'en garde au final que la trame générale, ainsi que les personnages, le tout rapatrié dans une Espagne des années 20, à l'époque de la tauromachie et des toréadors. Ensuite vient la musique évidemment, judicieusement choisie, qui fait office de dialogue entre les différents personnages et nous renseignent sur l'ambiance allant d'une scène à l'autre. Un véritable voyage de l'image, où chaque plan est magnifique. Les décors s'enchaînent entre surréalisme, villa d'Espagne et grande corridas, et les costumes traversent la toile en laissant pour la plupart une empreinte indélébile.

Le montage, très important et encore plus dans un film muet, est ici maîtrisé avec brio. La transition de certaines scènes l'une à l'autre poussent parfois à l'exaltation, tant elle est forte. Le film laisse une place nette à l'imagination, en nous offrant une fin ouverte et libre d'interprétation. Il parvient parfois même à nous captiver si fort, qu'avant même d'avoir vu un seul texte sur fond noir, on a déjà compris de quoi il retournait, rendant ces écrits quasi superflus pour les esprits les plus fins.

Les différentes actrices qui campent le personnage de Carmen Villalta à différents moment de son existence ont toutes les deux ce petit quelque chose dans le regard qui permet de la rendre si attendrissante. Un sourire franc et une innocence qui nous laissent avec un petit sourire alors que la scène est déjà terminée. On retiendra également la prestation de Daniel Gimenez-Cacho qui nous laisse pantois après certains gros plans où ne sont filmés que ses yeux. Et Maribel Verdù enfin, qui n'est pas en reste, avec son interprétation du personnage de la Belle-Mère, mêlant à la fois maux et beauté.

Blancanieves est donc un film muet, réunissant tous les atouts du genre, et qui parvient à sublimer les entrailles de Blanche Neige dans une mise en scène sombre et un tantinet perverse, malgré un soleil espagnole omniprésent. 

Julien Teirlynck

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