Critique cinéma : "Her" de Spike Jonze

MV5BMjA1Nzk0OTM2OF5BMl5BanBnXkFtZTgwNjU2NjEwMDE@._V1_SX640_SY720_.jpgCette semaine, découvrez la critique cinéma du film « Her » de Spike Jonze ! Toutes les deux semaines, découvrez sur votre Blog les films qui ont impressionné, étonné ou ému Julien Teirlynck. Merci à Illusion ASBL !

Synopsis :

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une

voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux...

 

Critique :

Des perles, le cinéma en produit chaque année. Qu’elles soient esthétiques ou juste spectaculaires, chaque année certains films se différencient des autres de par leur finition, leur justesse ou simplement le jeu des acteurs. Her est de ces oeuvres
qui englobent ces trois critères. Qui aurait cru que le producteur des deux ramassis de cascades plus ou moins stupides de Johnny Knoxville et sa bande renfermait en lui une telle mélancholie ?

Her est de ces films qui se savourent et qui, signe des films d’exception, n’aura aucun
mal a être revisionné peu de temps après la première expérience. La trame débute dans une société futuriste. La technologie, si elle n’a pas pris le pouvoir, est devenu un objet indispensable du quotidien. De nouvelles modes sont mises en place. Par exemple, le très intriguant plan cul téléphonique. Theodore Twombly est de ces coeurs brisés qui passent le temps entre drague sans saveur, et jeux-vidéos. Seul et peu stimulé par son boulot
(qui a lui seul témoigne de l’inventivité surprenante dont fait preuve Spike Jonze) il décide d’acheter une intelligence artificielle, une sorte de disque dur relié à son ordi. Une sorte de siri qui nous accompagne désormais tout au long de la vie dès qu’on allume le système. D’une intelligence cybernétique, l’OS s’adapte également en fonction de son interlocuteur. Au bout de quelques secondes d’installation, c’est donc une prétendue Samantha qui
lui répond d’un ton sucré. Amusé par cette A.I. visiblement capable de développer des substitus de sentiments, il se prend aux jeux, tant et si bien qu’il finit par en tomber amoureux. Ce qui arrive assez souvent dans ce monde, où les gens ne communiquent plus, ou peu face-à-face. Le scénario s’il ne fait pas dans le spectaculaire conserve un lien ferme avec le bout initial du film, venant nous rappeler en temps et en heure que les machines ne sont que des machines et les hommes ne sont que des hommes.

Le film a pour sujet principal la relation virtuelle. Dans un monde où la technologie a supplanté tous les modes de communication originels, les gens n’éprouvent plus le même besoin de contact physique quand il s’agit de relation. Les raisons qui poussent Theodore à craquer pour un OS avec une personnalité peuvent être associées à celles qui poussent une personne à s’inscrire sur un site de rencontres. Une sorte de désespoir d’un jour trouver la perle rare de manière classique. Et dans un futur il n’est pas impossible qu’on se tourne dès lors vers un amour dit superficiel : celui qu’on poussera chez un robot. Le thème des robots avec des sentiments est monnaie courante dans le cinéma, surtout depuis l’avènement de la science fiction. Mais à cette tradition Spike Jonze applique
une transformation inédite ; plutôt que le traditionnel robot à enveloppe humaine réaliste mais stoïque et dépourvu du moindre ressenti, il nous offre une voix, certes sans corps qui y est rattachée mais ô combien nourrie d’une personnalité propre. Un esprit qui s’est certes improvisé devant Theodore mais qui n’en demeure pas moins par devenir doux
et extrêment attachant tant à son regard, qu’au regard du spectateur. On se sent un peu comme à la fin du film «Seul au Monde» quand on pleure pour une balle de volley ball.

 

L’humanisme que l’auteur parvient à insuffler à Samantha sans jamais montrer une once d’elle est proprement bouleversant. Le réalisateur parvient même à captiver son audience tout le long du film, lui offrant des rebondissements tellement imprévus et pourtant si cohérents quand on y pense. Une relation mature qui unit un homme et une machine. Mais Jonze aime la relation qui unit l’OS et son propriétaire et c’est ça qui confère au film tout son esthétisme ainsi que le sentiment d’avoir regardé une vraie relation d’amour. Une sorte de relation à distance se calculant en gigabytes. Sans jamais tourner la situation en dérision, le film garde une enveloppe intacte et même les plus sceptiques finiront séduits.

Côté casting on retrouve un Joaquin Phoenix au talent toujours aussi intact depuis «The Master». Une sorte de postiche à moustache mélancolique et à l’esprit vague, ravagé par une tristesse inextinguible. On retrouve aussi Amy Adams, qui malgré quelques erreurs
de parcours (Man of Steel ; etc.) nous prouve qu’elle n’en est pas moins une actrice au sourire rayonnant. Une petite intervention de Chris Pratt également est à noter, qui sort
de son personnage de comique relief dans Parks and Recreation. Et enfin, Samantha, la voix elle-même, Scarlett Johanson qui parvient à rafler le Prix d’Interprétation Féminine au 8ème Festival International du Film de Rome sans même esquisser un seul geste. Il faut également citer Rooney Mara, très bonne comme à son habitude depuis son interprétation de Taggarty dans Be Bad.

Avec ce film aquarelle avant gardiste, Spike Jonze nous montre qu’il n’a pas fini de nous faire rêver que ce soit en violant l’esprit de John Malkovich ou en tombant amoureux d’une femme irréelle, établie quelque part entre l’espace des possibles, et l’infini virtuel. 

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